Cameroun : les importations de maïs suspendues pour sauver la filière
Le Cameroun suspend les importations de maïs afin de soutenir les producteurs locaux, résorber les stocks invendus et renforcer sa politique d'import-substitution. Analyse des enjeux économiques. Mots-clés
Cette mesure, annoncée à l'issue d'une réunion de concertation organisée au ministère du Commerce, s'inscrit dans une stratégie plus large visant à préserver la production locale, améliorer la régulation du marché et renforcer la politique d'import-substitution portée par la Stratégie nationale de développement 2030 (SND30).
Cette décision intervient dans un contexte où la filière maïs, essentielle pour l'alimentation humaine mais également pour l'industrie de l'élevage, traverse une période de fortes tensions.
Malgré des récoltes disponibles sur le territoire national, une partie importante de la production peine à trouver des débouchés, tandis que les importations continuent d'alimenter le marché.
Une décision prise après une concertation entre l'État et les professionnels
La suspension des importations a été arrêtée au terme d'une rencontre présidée par le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana.
Autour de la table figuraient également des représentants du ministère de l'Agriculture et du Développement rural, de la Direction générale des Douanes, des entreprises importatrices ainsi que plusieurs acteurs de la filière maïs.
Les échanges ont permis d'établir un constat partagé : les autorisations d'importation ont été délivrées sans disposer d'informations suffisamment précises sur les volumes effectivement produits dans le pays ni sur les quantités déjà stockées par les agriculteurs.
Cette absence de données consolidées a favorisé un déséquilibre entre l'offre nationale et les importations, compliquant la commercialisation des récoltes locales.
Pour les autorités, cette situation est en contradiction avec les ambitions nationales de réduction de la dépendance vis-à-vis des importations agricoles.
Une série de mesures pour écouler les récoltes nationales
Au-delà de la suspension immédiate des importations de maïs, plusieurs actions ont été décidées afin d'apporter une réponse rapide aux difficultés rencontrées par les producteurs.
Les pouvoirs publics souhaitent d'abord réaliser une évaluation précise des stocks actuellement disponibles sur l'ensemble du territoire.
Cet inventaire doit permettre de mesurer l'ampleur des volumes en attente de commercialisation et de définir les solutions les plus adaptées pour leur écoulement.
Le gouvernement entend également mobiliser des capacités de stockage supplémentaires. L'Office céréalier devrait être sollicité, tout comme d'autres opérateurs spécialisés, notamment la Compagnie Fermière Camerounaise, afin d'acheter une partie des récoltes et de les conserver dans de meilleures conditions avant leur mise sur le marché.
L'objectif est double : soutenir les revenus des producteurs tout en évitant que des quantités importantes de maïs ne se détériorent faute de débouchés immédiats.
Le secteur avicole également concerné Les autorités souhaitent agir simultanément sur la demande intérieure de maïs.
Dans cette perspective, un contrôle plus rigoureux des autorisations d'importation de poussins d'un jour, d'œufs à couver et de reproducteurs a également été annoncé.
Ces activités, fortement consommatrices d'aliments à base de maïs, représentent un levier important pour stimuler la consommation de la production nationale.
En favorisant davantage les approvisionnements locaux, le gouvernement espère accélérer l'absorption des stocks actuellement disponibles chez les producteurs.
Cette approche vise à créer une meilleure cohérence entre les différentes politiques agricoles et les besoins de l'industrie de l'élevage, qui demeure l'un des principaux débouchés de la filière céréalière.
Une meilleure organisation du marché désormais recherchée
Au-delà de l'urgence, les autorités veulent corriger les dysfonctionnements qui ont conduit à cette situation. Le ministre du Commerce estime qu'une meilleure circulation de l'information entre les différents acteurs est indispensable pour éviter que de tels déséquilibres ne se reproduisent.
À cet effet, le gouvernement encourage la création d'une véritable interprofession du maïs réunissant producteurs, importateurs, transformateurs et distributeurs.
Une telle organisation permettrait de centraliser les données sur les récoltes, les besoins du marché et les niveaux de stocks afin d'orienter plus efficacement les décisions relatives aux importations.
Selon Luc Magloire Mbarga Atangana, il est désormais nécessaire de mettre en place « une véritable interprofession du maïs » capable d'améliorer la circulation des informations entre les différents acteurs de la chaîne de valeur et d'anticiper les déséquilibres du marché.
Un test majeur pour la politique d'import-substitution
Cette suspension constitue un nouveau signal envoyé par les pouvoirs publics en faveur de la souveraineté alimentaire.
Depuis plusieurs années, le Cameroun cherche à renforcer sa production agricole afin de réduire les importations de produits stratégiques et de limiter sa dépendance aux marchés internationaux.
Le succès de cette décision dépendra toutefois de plusieurs facteurs : la capacité des institutions à organiser rapidement l'achat des récoltes, la disponibilité d'infrastructures de stockage adaptées et l'amélioration durable de la gouvernance de la filière.
Si ces conditions sont réunies, cette mesure pourrait contribuer à restaurer la confiance des producteurs, stabiliser les revenus agricoles et renforcer durablement la compétitivité du maïs camerounais sur le marché national. Dans le cas contraire, les difficultés d'écoulement risqueraient de réapparaître lors des prochaines campagnes agricoles, remettant en question les ambitions affichées par la politique d'import-substitution.



