Chevalier de l'Ordre de la Valeur : une distinction qu'elle porte comme une responsabilité
Certaines distinctions se portent comme une couronne. Celle de Lisette Claudia TAME NJAMBE se porte autrement, comme un engagement supplémentaire envers ceux qui l'ont vue construire, usine après usine, ce qui lui a valu cette reconnaissance.
Recevoir la distinction de Chevalier de l'Ordre de la Valeur pourrait, pour beaucoup, marquer un aboutissement, le moment où l'on ralentit un peu, où l'on savoure ce que l'on a construit. Pour Lisette Claudia TAME NJAMBE, cette reconnaissance a plutôt fonctionné comme un rappel, celui que le chemin parcouru jusqu'ici n'a de sens que s'il continue de s'allonger.
Elle n'a jamais présenté cette distinction comme une consécration personnelle isolée. Elle la relie systématiquement à ceux qui l'entourent, ses équipes à Mbankomo, à Ngolambélé, désormais à Bangou, les producteurs de cacao qui lui fournissent leurs fèves, les familles qui vivent aujourd'hui d'un emploi industriel plutôt que d'une incertitude quotidienne. Une distinction individuelle, dit elle souvent, ne vaut que si elle profite, d'une manière ou d'une autre, à un collectif plus large.
Cette manière de recevoir un honneur national dit quelque chose de plus profond sur sa conception même de la réussite. Pour Lisette Claudia TAME NJAMBE, une reconnaissance officielle n'est jamais un point final. Elle est plutôt une invitation à redoubler d'exigence, à ne pas décevoir la confiance que cette distinction traduit, et à continuer de justifier, chaque jour un peu plus, la place qu'on lui a reconnue.
On imagine parfois qu'une telle reconnaissance change la manière dont une dirigeante s'adresse à ses interlocuteurs, qu'elle introduit une forme de distance nouvelle, une légitimité qu'il faudrait désormais afficher. Rien de tel ne semble s'être produit dans son cas. Ceux qui la rencontrent pour la première fois après avoir entendu parler de cette distinction sont souvent surpris de retrouver une femme aussi simple d'accès que ne le laissait supposer son titre.
Ceux qui la côtoient depuis plusieurs années observent que rien, dans son comportement quotidien, n'a véritablement changé depuis qu'elle porte ce titre. Elle continue de se rendre régulièrement sur ses sites industriels, de dialoguer directement avec ses équipes, de préparer patiemment ses prochains projets plutôt que de se reposer sur une reconnaissance déjà acquise. L'humilité qu'on lui reconnaît par ailleurs trouve, dans cette constance, l'une de ses expressions les plus concrètes.
Il y a, dans cette approche, une forme de sagesse assez rare chez des personnalités publiques que le succès pousse parfois à changer de posture. Lisette Claudia TAME NJAMBE semble avoir fait le choix inverse, celui de laisser la distinction s'ajouter à son parcours sans jamais le redéfinir. Elle reste, avant tout, une femme qui construit des usines, qui accompagne des équipes, et qui continue d'avancer avec la même conviction qu'à ses débuts, lorsque rien n'était encore acquis.
Cette constance n'exclut pas, pour autant, une forme de fierté légitime. Elle admet volontiers que cette distinction a représenté un moment marquant de son parcours, un instant où le travail accompli a été publiquement reconnu par les plus hautes autorités du pays. Mais elle refuse d'en faire un point d'arrivée, préférant la considérer comme un jalon parmi d'autres sur une trajectoire encore longue.
Pour ses équipes, cette distinction a également eu un effet difficile à mesurer mais bien réel, celui de renforcer la fierté de travailler aux côtés d'une dirigeante reconnue à l'échelle nationale, sans que cette reconnaissance ne se traduise par un éloignement du quotidien de l'usine. Beaucoup racontent que le lendemain de la cérémonie officielle, elle était de retour sur le terrain, comme n'importe quel autre jour de travail.
C'est peut-être là que réside la véritable valeur de cette distinction, non pas dans le prestige qu'elle confère, mais dans la manière dont elle a été reçue, comme un encouragement à poursuivre, et non comme une raison de s'arrêter. Une leçon simple, mais qui mérite d'être rappelée, à l'heure où tant de réussites se mesurent davantage à leur mise en scène qu'à leur constance dans le temps.
Pour le Cameroun, voir l'une de ses industrielles recevoir une telle distinction sans en changer sa manière de travailler envoie, sans doute, un signal utile. Celui qu'une reconnaissance nationale peut aussi se vivre avec sobriété, et que les plus grandes fiertés sont parfois celles qui se portent le plus discrètement.



